« Mais tu oublies un peu vite le caractère tragique de la vie. »

Non, mutique pourvoyeur de stupre, je ne l’oublie jamais. Je te regarde et tout en moi fracture pour te laisser revenir. Et je ne t’oublie pas, mais voilà tu disparais. Mais moi, je ne t’oublie pas. Je disparais. Mais ne t’oublie jamais.

Et je ne suis plus là, déjà. Trop entendu de ton rien.

Dis-moi « J’ai le regard perdu dans la mer ».

Il le dit. Mais il demande pourquoi.

Parce que, crétin. Tu as le regard constamment perdu dans la mer, je t’écris tes dialogues, tu formules. Je te donne des nouvelles de toi.

C’est Breton qui l’a dit avant toi. Prie, prie pour que personne ne comprenne jamais ce que tu dis, petite chérie, ou tu seras perdue à jamais pour le monde entier, tu n’auras aucune chance.

Faux, je suis Breton avant même qu’il n’existe. Et je ne prie pas, étranger, je m’aide.

Il faudrait savoir, je croyais que tu étais Jacques Chessex.

Je suis Jacques Chessex. Depuis même qu’il n’existe plus.

Tu n’as donc plus de ce sexe féminin, à l’heure qu’il est.

Sache que je n’ai plus jamais de ce sexe défini lorsque je pose quelques mots pour peindre l’essentiel, le rater, recommencer. Mais femme, ensuite, je n’ai jamais douté de l’être.

Tu es donc quoi, Jacques Chessex, ta nouvelle obsession.

Je suis la fumée noire qui persiste de la bougie éteinte de Chessex. Maintenant, dis-moi « Tu es plus belle que le ciel et la mer ». Deviens Cendrars. Tu peux le faire, et c’est le minimum.

Il le dit.

J’ai enfin entendu ce que je voulais entendre.

Dieu, il faut donc tout écrire en ce bas monde, pour retrouver un peu de ta puissance. Dis-le, que tu n’es pas revenu. Avoue ! Car nous avons bien cherché.

Tout le monde de mes amours passées est mort. Je suis emplie de leurs bruissements. « Caligula ! Toi aussi, toi aussi tu voulais la lune. » Deviens Camus !  Dis-le, dis-le pour moi. Sois les C, Chessex, Cendrars, Camus, et puis le Grand Absent.

Pas un de mes amants dont le souvenir me ranime. Je suis entière, catastrophique, sans leur moitié. Je le paye de ma satiété. Assez.

Pâques finit, mon amour, prépare-toi à partir.

Mensonges, mensonges de m’avoir adressé la parole. Tu ne m’adresses rien du tout, tu répètes ce que j’ai déjà écrit. Je ne vois rien du désarmé authentique. Ton calcul, tes formules sont hideuses. Je ne t’entends plus. Tout autour se vide, et je ne vois que la mer. J’ai fini par épouser ce silence devant les plus hautes autorités.

Mon cœur se dérègle.

Il saute un battement, remonte dans ma gorge, finit par déborder par ma voix.

Dieu, et je t’appelle.

Pas un seul son ne sort.

 

Qui, alors, viendra ?

Pour poursuivre la route ensemble...
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