Il y a bien un lien, songea-t-elle en attendant que sa base durcissante sèche. En dehors du grand rire profond, celui qui ne lâche jamais et exténue les désespérances. Il y a un lien, son mors éclate mes commissures. D’ailleurs.

Il y a obligatoirement un lien, et si je le trouve, je dénoue les discordes, j’unifie, je consolide et je vaincs.

J’embrasse pas. [ Je vais pas t’embrasser] Donc je l’embrasse.

Je me couche pas. [ Je te fais pas un dessin, j’ai du travail.] Bon, je me couche alors.

Je reviens pas. [ Je vais pas revenir.] Je ne reviens pas. Au moins une bonne chose de claire. La négation en plus.

Mais. Il reste cette route défoncée sur ciel mouillé, il reste ces poteaux rouillés fichés dans le cœur, il reste la bagnole criblée d’impacts et / c’est tout à fait épuisant. Être heureuse contre tout, et parce que tout, totalement indécente. Heureuse parce qu’il pleut, que tout est douloureux, sale et chiant, le canevas grave souillé de pures poudres galvanisantes, de mélopées étincelant sous la faconde. Sans personne de trop présent, mais chacun des miens tatoué bien profond.

Rien n’y fait, même à l’envers. Je me préfère toujours moi à toute association. Oh, mais non, simple constat, je suis la femme de ma vie, celle qui se réveille en moi chaque matin et doit tenir debout. Cela ne se dit pas. Alors l’écrire…

Parce qu’il y a un lien avec toutes les associations, je dois rester leur exact point de jonction.

Toute pensée s’est fracturée brutalement et maintenant, il faut beaucoup trop de temps et d’indignités pour entrer au cœur du texte. Il y a eu la tentative d’écrire sa vie sans mots, sous un flot régulier d’alcool, pour toucher une vérité enfouie, racler le fond de ses perceptions, se laisser surprendre. J’ai beaucoup dormi, et lutté contre la douleur et les vertiges profonds, à m’excuser de brutaliser une porte, ne plus savoir de quel côté du dehors je me trouve.

Mais aussi la grande purge. La transpiration dans le silence, la dispersion volontaire dans les éclats rapides, les futiles échanges de joies aiguës, consentis, réprouvés. Retournés comme le gant qui présente ses coutures. Je vous ai vu, j’ai passé un temps certain à vous voir. Je vous ai même aimé.

J’ai décidé, exigé de ma vie qu’elle prenne forme, que je puisse la toucher, la sentir, m’en parer. J’écris celle d’autres hommes, qui me lient, qui reviennent. J’écris les bribes que je respire, portrait en brume, pas de « je suis », pas de « je sais ». Je l’ai dit, je ne l’efface pas mais l’estompe du doigt, doucement, avec le sourire de l’arrogance adoubée, assagie, puis mise de côté. Je laisse le soin à l’histoire de m’écrire, pour plus tard. Qu’elle le fasse, ou pas. Cette histoire qui est mienne, personne ne me l’apprendra.

Ce n’est pas le tout d’être fier de soi. Figé et grotesque sous son minuscule poids. C’est tendre encore les cordes et s’entendre répondre à l’immensité, de sa petite voix, oser prendre sa place, en changer. La trouver difficile, illégitime, fragile, menacée. Se remettre en route.

Avec des flashs. Des larmes ravalées devant des beautés banales, les yeux emplis de saletés tenaces. Toujours ce foutu ventre saturé de points d’orgue, d’harmonies célestes et d’orgasmes multiples qui s’oppose, insolent, à un cœur moins certain, mais qui se voudrait noble, puis à la raison ficelée, nette, précise, prétentieuse d’insuffisance. Trinité consubstantielle navrée de grossir les rangs hérétiques, priant pour son salut.

Des flashs éblouissants, que tu t’en cognes contre les parois des sous-sols, giflée. Des vagues grondantes qui ravagent tes traces, mais t’apportent dans leur grande paume striée toutes tes références, les déposent à tes pieds à genoux puis repartent. Le bruit doux de toutes tes folles passions, des dégoûts alliés, qui ronge dans tes nerfs un passage afin que communiquent enfin les injoignables.

Il y a un lien. Il y a un sens. Tu te tiens à l’exacte jonction du monde entier, de son passé, de ses trous noirs.  Couchée sur ton lit, tu écoutes ton ressac. Tu ne connais jamais l’ennui. Tu me parles ? Oh mais j’écoute, et tout est consigné.

Ce n’est pas encore exactement suffisant.

Tu peux trahir momentanément l’ensemble, et l’immense, il te tient. Toute la magnifique terreur de l’existence sait aussi investir l’unique chaussette bouchonnée sur la cheville blanche de ce vieil homme qui pousse ta porte, que tu ne puisses détourner le regard, absorbée, résiliée dans l’instant par cette concentration violente de tendresse inacceptable, de rage ancestrale, d’amour fou et de tripes éclatées sous l’immonde, dont le faisceau ardent éclaire cette chaussette. Mais l’homme sort et avec lui le monde, et le réel reprend place, décor flouté qui tremble, se rassure, te reprend.

Et tu voudrais l’écrire, cela ? Tu voudrais le perfuser dans l’œil, qu’on le sente avec toi ?

Alors tu retournes boire, puis te purger dans l’effort, te fatiguer et attendre d’aimer toujours. Tu regardes des routes rouillées, des poteaux de ciel humide tu mélanges tout parce que c’est bien ainsi que tout se déverse en toi, pas de strates polies, pas de catalogue par lettre, par de compartiments menteurs. Tout en tas.

Tu ris, et puis tu jouis, un peu, aussi, parce que le corps est honnête. Mais rien à signaler, voyons. Ta vie qui s’amuse dans les rues pavées, devant des fauves obscurs, ta vie qui s’éreinte sur les partitions indéchiffrables, les âmes sèches et l’odeur de la guerre, ta vie qui se répand sur les toiles, sans jamais rien tâcher, mais indélébile dans le cœur des vautours qui viendront te la reprocher.

Et je voudrais l’écrire ?

Non.

J’ai mieux pour vous :

Un curseur orphelin qui clignote, menaçant de dévoiler le reste.

 

 

Continuons le chemin

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