« Vous êtes d’où ? Je me disais que vous deviez bosser sur une plate-forme.
– Nan. Je suis en vacances.
– D’où ça ?
– De Louisiane.
– Quel coin ?
– La Nouvelle-Orléans.
– Désolé pour vous,
man. J’y ai déjà été. Avec toute cette pluie, et les catholiques et les nègres.
– Ça peut être trop pour certains, c’est vrai. Il faut savoir y faire.
– J’ai connu un mec qui venait de La Nouvelle-Orléans. Il s’est tiré une balle dans la cuisse. C’était vraiment un con.
– C’est peut-être pour ça qu’ils l’ont viré de là-bas. »

Galveston

Galveston est le premier roman de Nic Pizzolatto, le créateur et auteur de la série True Detective. Il a reçu en 2011 le Prix du meilleur premier roman étranger, et sera bientôt adapté au cinéma [Mise à jour décembre 2016] par Mélanie Laurent avec Ben Foster.

Galveston, c’est d’abord une petite bourgade balnéaire texane tristement célèbre pour l’un des ouragans les plus meurtriers de l’histoire des États-Unis qui y a fait plus de 8000 morts en 1900. Rita et Ike l’ont une nouvelle fois frappée. C’est enfin un paradis pour l’homme de main brutal qu’est Roy Cady : l’endroit qui évoque le souvenir radieux de son premier amour. Alors lorsqu’un beau jour de 1987 il apprend qu’il a un cancer des poumons et que son employeur, le malfrat polonais Stan, veut l’éliminer pour une stupide histoire de femmes, il prend la route vers la mer avec Rocky, une prostituée qui l’encombre mais qu’il rechigne à abandonner…

« Dès que nous sommes sortis des villes, le Texas est devenu un désert vert censé marteler en vous son immensité, un mortier rempli de ciel. Les filles l’appréciaient comme un feu d’artifice.

Nous avons suivi l’autoroute 45 vers le sud pour arriver au nord de l’île : des ports remplis de voiliers aux couleurs d’arc-en-ciel, des chalutiers aux focs recouverts de filets qui pendaient comme de la mousse espagnole. Des clochards accroupis à l’ombre de palmiers et de poteaux téléphoniques. Les palmiers dénudés ressemblaient à des côtes décharnées, fichées dans la terre. Un chien squelettique, le poil en bataille, longeait la route d’un trot boiteux – peut-être se rendait-il à l’île du pélican. Des adolescentes en minuscules deux-pièces étaient assises sur le capot de voitures, et le soleil rejaillissait sur leurs dents, de même qu’il était dans les chromes et les capsules de bouteilles tombées autour des pneus, ou encore dans les boîtes de bière écrasées, enfoncées dans l’asphalte. Les garçons, plus âgés, se pressaient autour des filles et faisaient circuler des boîtes de High Life ou de Lone Star.

Le golfe bleu foncé était tacheté de napalm par un soleil qui se répandait sur des kilomètres. L’épaisseur de l’air en décuplait les rayons et les transformait en lames de couteau. Des pièces de monnaie brillaient dans toutes les lunettes de soleil. (…)

Traces de l’histoire : de vieilles églises espagnoles qui durcissaient sous la chaleur ; de la pierre blanche et de la brique rose, de l’adobe et du stuc ; au Musée maritime, un trois-mâts du XIXe siècle plein de fausse fierté.

On pouvait négocier un avenir ici. Balancer ses souvenirs dans la lumière blanche du golfe comme on jette des feuilles dans un feu de jardin. »

Nic Pizzolatto, Galveston, traduit par Pierre Furlan, Belfond (10/18), pages 103-4.


 

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