[Entretien mené pour la Librairie une page à écrire (Janville, 28), précédemment publié ici.]

David Aimé est le fondateur et le directeur général des Éditions Banyan, dédiées depuis 2015 aux littératures de l’Inde.

Il m’a fait l’honneur de répondre à mes questions alors que viennent de paraître deux ouvrages singuliers et cultes en Inde : le recueil de poésie Jejuri d’Arun Kolatkar et le roman réaliste magique Herbert, de Nabarun Bhattacharya.

Je le remercie infiniment pour la générosité de ses réponses qui nous embarquent immédiatement vers un univers méconnu et fascinant : l’effervescence de la production littéraire indienne moderne et contemporaine.

 

Paméla Ramos –  Merci, David Aimé, de nous accorder cette parenthèse enchantée au cœur d’un hiver rugueux nimbé d’étrangeté et de pertes de repères. S’il est vrai que les Occidentaux sont de vrais « fous de l’Inde » comme le dit Régis Airault dans son essai du même nom, il nous est apparu que plusieurs méprises demeuraient inévitablement dans les conceptions et les attentes que nous pouvons effleurer, dans chaque trajectoire littéraire ou spirituelle, à propos de ce pays vaste, aux langues et cultures multiples. Il ne s’agit pas dans notre présente démarche de chercher absolument à crever le voile et démythifier notre rapport à la littérature et/ou spiritualité indiennes, mais d’ouvrir avec vous de nouvelles portes, en acceptant le vertige qu’elles nous conduisent en territoire parfois parfaitement inconnu. Nous avons besoin d’un guide solide pour rentrer à bon port, une fois le voyage mental effectué, et vous remercions encore d’avoir bien voulu répondre à nos questions, en qualité de directeur de jeunes éditions intégralement dédiées à la traduction française d’œuvres inédites venant d’Inde, les Editions Banyan. Nous nous installons donc avec vous sous cet arbre sacré, le banyan, et embarquons dans l’aventure.

David Aimé – Bienvenue à vous ! Un grand merci pour votre accueil chaleureux et pour l’attention que vous portez aux Éditions Banyan. Cela donne sens à mon travail et sa raison d’être.

P.R. – Tout d’abord, pouvez-vous nous donner les contours de la mission intellectuelle que vous vous êtes donnée en fondant ces éditions ?

David Aimé – C’est d’abord rendre à l’Inde ce qu’elle m’a donné. C’est ensuite donner une forme sensible à l’intériorité de l’Inde dans toutes ses dimensions, par la littérature. Les Éditions Banyan, comme beaucoup d’autres, naviguent sur les eaux tempétueuses du monde, mais en restant proche de ces choses qui nous occupent, l’universel… Et qui mieux que l’Inde, dont la langue millénaire, le sanskrit, donna naissance à une quantité d’autres langues et de dialectes, nous offre aujourd’hui une si foisonnante littérature ? Toutes ces langues de l’Inde qui irriguent son génie littéraire, qui les portent plus loin et parfois au-delà de ses frontières, gardant en son sein le souvenir de sa source inépuisable, lumineuse, où elles s’offrent à l’océan du monde et des autres hommes. Nous sommes sur un vivier dans lequel seules les Éditions Banyan s’engagent de façon continue. C’est là sa force et sa différence, et peut-être le chemin de sa réussite. Le XXIe siècle posera l’ancre sur les littératures régionales de l’Inde…

Nous invitons donc les lecteurs à s’engager sur ce chemin littéraire où éclate toute l’imagination débordante de l’Inde, et pour ceux qui le souhaitent, à devenir les ambassadeurs spontanés et naturels des Éditions Banyan, qui n’ont qu’une seule préoccupation : rendre les lecteurs heureux.

P.R. – Quels sont vos rapports, à vous, avec ce pays ? Le résumé, vibrant, que vous en donnez sur votre site, est un véritable appel à considérer le patrimoine ancien comme contemporain des Indes sous un nouveau jour…

David Aimé –  Mon rapport à l’Inde est charnel, psychique, spirituel. C’est une présence quotidienne, mon port d’attache dans l’âme pour tenir face à l’absurdité du monde. L’Inde est une vibration, un souffle, une conscience qui se manifeste et irrigue celui ou celle qui veut s’abandonner à elle. La spiritualité indienne, sa philosophie et sa littérature se donnent la main pour donner de la joie (l’Inde existe pour cette joie), un étendard d’espoir. Son sujet de prédilection depuis plus de 5000 ans : la connaissance de l’Homme. C’est le don offert à l’humanité par les Rishis védiques (rishis qui signifie Voyants).

P.R. – Romans, essais, théâtre, poésie… mais aussi science-fiction, ou littérature jeunesse, font partie des domaines que vous envisagez de développer. Comment allez-vous à la recherche de ces textes ?

David Aimé –  Je suis un chercheur, un défricheur. Le vrai travail d’un éditeur et le plus passionnant. C’est d’abord une recherche personnelle et une exigence spirituelle et intellectuelle impérieuse, une soif de beauté et de vérité où le sectarisme n’a pas sa place. Aussi la liberté des publications et des idées qui en émanent est le miroir du Banyan. Des publications pour la fermentation des idées, de la réflexion, du voyage immobile mais vivant pour éveiller la pensée du lecteur, dans l’aura de la littérature indienne, vaste, profonde, toujours mouvante. Les parutions Banyan obéissent à un affectueux et tendre désir de partage pour un peu de beauté, d’harmonie et d’unité. Modeste tentative pour se tourner vers l’immense expectative de l’Inde.
Ma recherche des textes se résume à dénicher des trésors, mon domaine de prédilection… Et un simple échange d’offrande, voilà tout.

P. R. –  Quels sont vos critères spécifiques ? Nous avons par ailleurs été surprises, en préparant cet entretien et notre liste de suggestions de littérature indienne contemporaine, du nombre d’ouvrages épuisés alors qu’ils jouissent d’un certain plébiscite auprès des lecteurs. Pensez-vous en reprendre quelques-uns ?

David Aimé –  Mes critères spécifiques ? Le style, le souci de la langue, l’engagement d’un texte, la transgression, les mots, le rythme.
Oui pour une réimpression des titres épuisés, selon l’état de la trésorerie du Banyan.

Cette aventure éditoriale est exaltante mais très difficile économiquement, presque impossible. Il peut sembler (très) téméraire de créer une maison d’édition exclusivement dédiée aux littératures de l’Inde. En effet, il est difficile de vendre de la littérature indienne en France. Un lectorat qu’il faut aller chercher avec patience – la littérature indienne est si mal connue.

Conséquence du peu d’attention et d’intérêt que portent les éditeurs à la littérature indienne. En ce sens, il est demandé de revenir au vrai fondement de notre métier, à savoir considérer l’édition comme un métier et non comme un business. En amont, le métier d’éditeur est d’abord la rencontre d’un auteur. Le meilleur retour sur investissement qu’une maison puisse fournir est d’abord une identité éditoriale marquée, la qualité littéraire de son catalogue et la fidélité de ses lecteurs. Je tiens à préciser que les Éditions Banyan ne reçoivent aucune aide ni aucune subvention. Je lance d’ailleurs prochainement une cagnotte.

P.R. – C’est qu’il peut être déstabilisant d’entrer dans un univers d’apparence si éloigné du nôtre, je pense par exemple à Herbert, de Nabarun Bhattacharya (1948–2014, le fils de la grande écrivaine Mahasweta Devi), qui conte la brève existence d’un jeune homme qui dialogue avec les morts, entretient envers le monde une farouche attitude poétique, fasciné par le communisme, au moment où il décide de se donner la mort : la disposition mentale du protagoniste principal, son rapport au poids du passé, ses souffrances, mais aussi la scénographie – si l’on peut s’exprimer ainsi, tant l’écriture peut être visuelle – qui entoure plusieurs passages-clés, désarçonnent, nous ne sommes jamais certains d’être sur un terrain stable, mais plutôt dans le sable mouvant du rêve… vous nous aviez indiqué qu’il faisait partie de vos favoris, pouvez-vous nous en parler un peu plus, comme de son auteur ?

David Aimé –  Nabarun Bhattacharya est l’un des écrivains bengalis les plus originaux et les plus inventifs des dernières décennies. Son œuvre est avant tout sociale, politique. C’est un dissident anarchiste, marxiste et résistant. Un artisan de l’art qui s’attaque férocement aux capitalistes et à la domination économique des classes sur la vie des indiens, en particulier ceux du Bengale. Avec une acuité chirurgicale, il montre tel un reporter la crudité de la vie à Kolkata (Calcutta), ces détails ignobles de l’anémie sociale (multitude de personnes vivant dans la saleté et la pauvreté), sous-produit d’une organisation et d’une classification voulues par l’establishment que dénonce au vitriol et avec humour Nabarun Bhattacharya.

On lui attribue d’avoir jeté les bases du « réalisme magique » dans la littérature bengalaise, et il a reconnu l’influence de Mikhaïl Boulgakov sur son travail. Il l’utilise comme un nouvel outil de révolte anarchiste et anti-establishment en accord avec ses propres convictions politiques, qui lui permet d’aborder la situation post-coloniale du Bengale et de mettre en évidence les tensions entre l’élite et le peuple.

Il a inventé une classe d’êtres humains qui peuvent voler et provoquer à leur gré le chaos et l’anarchie pour déstabiliser les structures corrompues du pouvoir. Il a lui-même participé au soulèvement des Naxalites (révolte paysanne qui éclata au printemps 1967 et se répandit dans plusieurs États indiens) dans sa jeunesse, dont ce roman ressuscite les fantômes.

P. R. –  Herbert est un roman culte en Inde …

David Aimé –  Oui. Il offre une parabole de la révolution – non pas la révolution d’un véritable activiste politique mais celle d’un homme du commun curieusement marginal qui pratique la nécromancie. À travers cette activité, il s’en tient à son propre langage culturel, dérivé des anciennes pratiques indiennes. Il est le fils d’un homme qui a servi d’intermédiaire instruit entre les britanniques et la population colonisée, un réalisateur raté dans l’Inde récemment indépendante des années 1940. Lui et sa femme, décédés alors qu’Herbert était encore enfant, apparaissent tout au long du roman comme des fantômes veillant sur leur fils. Le couple jette un regard tragicomique sur les événements du roman, qui contribue au réalisme fantastique du texte.

P.R. – Vous venez également d’éditer en bilingue anglais-français (voir un extrait en fin d’entretien) les poèmes d’Arun Kolatkar (1932-2004), Jejuri. Publié en 1976 de façon assez confidentielle, ce recueil a reçu le Commonwealth Poetry Prize. L’introduction d’Annie Montaut parle de séisme. Cette traduction inédite est un événement culturel majeur : qu’éclairent ces poèmes ?

David Aimé –  Ils nous éclairent d’abord sur le regard d’un immense poète, puis nous saisissent par l’extrême modernité des observations de Kolatkar des passants et des pèlerins situés aux abords du temple de Lord Khandoba. On peut considérer Jejuri comme le plus remarquable recueil de poésie de l’Inde moderne.

Arun Kolatkar y exprime ses opinions sur la foi, le réalisme et le scepticisme. L’esprit de la jeunesse indienne est un mélange de foi, de mythe, de culture, de tradition et de scepticisme. Les Indiens ont une dévotion naturelle pour le sacré, qui n’est que l’impact d’une culture plurimillénaire ayant façonné leur religiosité. Jejuri célèbre dans un microcosme et un macrocosme la vie, autrement dit la quête de l’homme pour son identité dans le vaste univers.

Les observations d’Arun Kolatkar se déroulent entre le lever et le coucher du soleil. Les poèmes évoquent une série d’images pour mettre en évidence le dilemme de la vie moderne. Il s’attaque ironiquement à la religion, à la culture et à la tradition lorsqu’elles deviennent des sources de profit, tout en exposant les travers de la foi aveugle. Jejuri est un recueil d’une sensibilité typiquement indienne, écrit par un poète réaliste et libre de tout dogme religieux.

P.R. – Pourquoi une édition bilingue ?

David Aimé –  La traduction de poèmes est une entreprise artistique, souvent intuitive, créative. C’est pourquoi les recueils de poésie Banyan sont tous proposés en version bilingue pour montrer toute l’attention et le maximum de précision de la traduction. Et pour donner l’opportunité au lecteur de découvrir le texte dans sa langue d’origine (pour l’anglais), ou d’en découvrir l’esthétisme (pour les langues régionales de l’Inde).

P.R. – À propos de l’autonomie des peuples ou du respect de l’environnement, vous ouvrez vos portes à la littérature des Adivasi, ou publiez le roman de Bandopadhyay, Aranyak, une « défense » de la forêt, se situant dans le Bengale rural (un alléchant programme !). Le combat contre l’injustice et pour la dignité de tout ce qui vit irrigue notre imaginaire lorsque nous appréhendons l’Inde : c’est toujours vrai, dans la production moins connue que vous tâchez de porter ? Quels sont les autres thèmes particulièrement émergents ?

David Aimé –  Le domaine émergeant du moment, car si actuel, est la littérature dalit (intouchable). Elle a pour vocation de changer la société indienne et est en ce sens héroïque. Je souhaite donc lui donner une place importante, tout comme aux littératures des autres castes et peuples de l’Inde opprimés et laissés pour compte, afin que par la voix de leurs auteurs, ils ne soient plus perçus comme des victimes mais comme les combattants qu’ils sont. C’est le cas des Adivasi, la communauté indigène la plus ancienne de l’Inde, chassée de ses terres ou exploitée par les colons britanniques et reléguée dans des bidonvilles aux conditions de vie innommables. Les Adivasi ont créé des archives orales de leur histoire, sous forme de chansons, d’histoires et de mythologies, au fil des générations. Ces histoires, rarement traduites du fait de la barrière des dialectes locaux, ne nous ont pas permis d’accéder à cette littérature. Une difficulté qui s’ajoute à la vulnérabilité de ces langues indigènes, menacées en raison du manque de reconnaissance et de soutien de l’État.

Certaines de ces histoires contiennent les voix fortes et affirmées des femmes adivasi contre diverses formes de violence et expriment leur point de vue sur la société dans son ensemble. Les poèmes et les récits de ces livres ne sont pas conçus d’un point de vue victimaire. Ils mettent en avant des récits qui renforcent le pouvoir d’action des femmes, en s’appuyant sur les expériences vécues par les écrivains adivasi.

Ces histoires explorent (entres autres) la relation des Adivasis avec la forêt, la destruction de leur village par la construction des barrages hydrauliques causée par l’idéologie capitaliste. Le Comité national de coordination des Adivasi et de la religion indigène, une coalition de groupes de défense des droits des Adivasi, vient de recenser 104 millions d’Adivasi, soit 8,6 % de la population nationale. Une minorité importante d’entre eux ont été enregistrés comme chrétiens, musulmans ou bouddhistes, et la grande majorité comme hindous. Environ 8 millions d’Adivasis ont été enregistrés comme « autres »…

Dans la même veine que les histoires adivasi, les éditions Banyan s’apprêtent à créer « Les Instantanés », une collection d’histoires courtes qui plongent le lecteur dans le bouillonnement littéraire de l’Inde, localisée en particulier dans l’État de l’Himachal Pradesh, au Nord de l’Inde. Un concert de voix portant toutes des récits différents, fictionnels, introspectifs, documentaires… Les revues littéraires sont depuis longtemps légion en Inde, en particulier au Bengale. Elles permettent de découvrir de nouveaux écrivains, mais constituent aussi des espaces privilégiés pour les expériences littéraires les plus excitantes. Le meilleur de la littérature ne se trouve pas seulement dans les livres, il est aussi dans ces revues d’histoires courtes.

Je suis attaché également à la littérature jeunesse qui se distingue à la fois par le foisonnement de ses thèmes et par son message encourageant les jeunes enfants comme les adolescents à s’opposer à toute forme d’injustice et à défendre leurs idéaux. Des histoires d’humour et d’espièglerie, de courage et de détermination, de tolérance, d’aventure, de doutes et de peurs.

P.R. – La difficulté d’être bon ou l’art subtil du dharma, les derniers jours de Tagore (Prix Nobel de littérature), la « rencontre » d’Homère et Sri Aurobindo, le récit d’une famille d’« intouchables » … les sujets de tous les documents que vous publiez s’avèrent immédiatement passionnants, répondant à une soif dont on ignorait la provenance. C’est alors que se déploie, impitoyable, l’étendue de l’ignorance qui nous masquait tous ces trésors ! Par quoi entrer dans la danse ? Quel serait selon vous, de votre catalogue, l’essai le plus « généreux » pour oser une première percée dans la nuée ?

David Aimé –   Des fourmis parmi les éléphants de Sujatha Gidla.

P.R. – Enfin, espérons-le, le prochain salon du livre de Paris, reporté de l’année dernière, mettra en lumière les littératures de l’Inde : avez-vous des projets particuliers entourant cet événement ? Que pouvons-nous attendre avec impatience dans vos prochaines publications ?

David Aimé –  De la beauté, de l’originalité, de la singularité. Les Éditions Banyan veulent donner la voix à une nouvelle génération d’auteurs en Inde. En effet, ce sont des auteurs brillants, ultra-modernes qui s’inscrivent dans les réalités actuelles.

Cinq ouvrages à paraître en février et mai 2021 (si tout va bien). Vous serez informée prochainement du titre à paraître en février, les trois autres en avril.

Les parutions en 2022 s’annoncent déjà explosives…

Propos recueillis pour la librairie Une Page à Écrire, janvier 2021.

***

Extrait de Jejuri, d’Arun Kolatkar

Cœur de ruines

Le toit tombe sur la tête de Matuti.
Personne ne semble s’en soucier.

Pas même Matuti.
Peut-être qu’il préfère les temples.

Une chienne bâtarde a trouvé place
pour elle et ses chiots

au cœur des ruines.
Peut-être qu’elle préfère ainsi les temples.

La chienne vous regarde craintivement
par l’embrasure d’une porte encombrée de tuiles cassées.

Les chiots parias font des cabrioles sur elle.
Peut-être qu’ils préfèrent ainsi les temples.

Le chiot à l’oreille noire s’est éloigné un peu trop.
Une tuile craque sous son pas.

C’est suffisant pour emplir de terreur le cœur
d’un bousier

qui gagne précipitamment l’abri
que lui offre une boîte brisée

qui n’a jamais été déplacée
de sous l’écrasante poutre du toit.

Plus de place pour vénérer cet endroit
qui n’est rien moins que la maison de dieu.

Traduit par Roselyne Sibille.

***

Extrait d’ Aranyak (La Forêt), de Bibhutibhushan Bandopadhyay

« Au pied de la chaîne de Mahalikharup, le printemps descend sur la vaste étendue de la forêt et une éclosion de fleurs de golgolis jaunes envahit Lobtulia-Baihar. Au milieu de l’après-midi, une tempête de poussière voile l’horizon cuivré ; la nuit, une guirlande de feu décore les montagnes de Mahalikharup au loin : on a ouvert des brûlis dans la forêt de sal. J’ai vu la vie de quantités de jeunes enfants horriblement pauvres, d’hommes et de femmes désespérés face à des usuriers sordides, des chanteurs, des bûcherons et des mendiants… Assis dans la cours obscure de mon bungalow au toit de chaume, j’ai écouté d’étranges histoires racontées par les chasseurs de la forêt : comment ils chassaient les buffles sauvages dans la réserve de la forêt  de Mohanpura, comment ils tendaient des pièges camouflés par le branchage, et comment ils avaient vu le grand dieu des buffles… C’est de ces gens-là que je vais vous parler. Dans le courant du monde que les gens civilisés ont peu suivi, des courants souterrains extraordinaires murmurent et se poursuivirent dans le lit d’une rivière inconnue tapissée de galets. Je les ai abordés et je m’en souviens encore.

Ce n’est pas un heureux souvenir, c’est un repentir. Ce terrain de jeu patiemment élaboré par la nature a été détruit aussi brusquement de mes propres mains ; je sais que jamais les dieux de la forêt ne me le pardonneront. Mais j’ai entendu dire que si l’on avoue son crime, la peine s’allège un peu. Voici donc les souvenirs qui me reviennent. »

Pour poursuivre la route ensemble...
Le consentement à la vie | sur L’abattoir de verre de J.M. Coetzee

« Je ne suis pas intéressée par les problèmes, John – ni par les problèmes ni par la solution aux problèmes. J’abhorre cet état d’esprit qui voit la vie comme une succession de problèmes soumis à l’intellect en vue de leur solution. Un chat, ce n’est pas un problème. La chatte > Lire plus

Chorus Mysticus, l’intuition de Martin Bodmer

Depuis toujours, l’idée directrice de la Bodmeriana est le pentagone Homère – la Bible – Dante – Shakespeare – Goethe. C’est à partir de ce point médian de la littérature mondiale que s’est développée l’idée de saisir l’avoir-lieu spirituel de l’humanité à travers ses textes les plus importants.

Littérature mondiale Martin Bodmer
Une place pour chacun, et chacun sa place avec Martin Bodmer

Voici donc notre bibliophile éperdu se livrant à ses carnets, et arpentant les questions infinies de la collection, de la sélection, de la magie des bons textes, à la recherche de fils d’Ariane dans nos labyrinthes, de définitions, de circonscriptions, battant l’air, frappant l’eau sans se décourager, cartographiant les époques, > Lire plus

Parking Péguy
Le Charles Péguy de personne

À propos du carnet de voyage Parking Péguy de Charles Coustille, photographies de Léo Lepage, à la recherche des lieux de France portant le nom de Charles Péguy.

Pin It on Pinterest

Share This
%d blogueurs aiment cette page :