Nous avions à présent croisé six carcasses déposées sur le côté, six réveillons compromis. Le vent avait recouvert de ses poignards de glace meurtriers, en moins d’une demi heure, toute la surface visible de l’autoroute, effaçant les dernières signalétiques.

Je suivais le mouvement du véhicule en rétrogradant sans la moindre brutalité, ignorant la pédale de frein qui nous mènerait immanquablement à augmenter les statistiques des accidentés de la portion Châteauroux-Vierzon.

Je m’arrêtais doucement sur le bas-côté.

La souffrance n’a aucune utilité intrinsèque. Je passe ma vie, je la dédie à combattre la souffrance, m’avait dit peu de temps auparavant ma passagère.

Tout ceci n’avait plus la moindre importance. Je n’étais pas arrivée encore à la fête que j’en étais déjà absente, excusée, repartie. Aucune souffrance. Un grand coma blanc. Multiplié par sept.

*

Vos cervicales… vos côtes… votre jonction dorso-lombaire… tout est dévié ou bloqué. Vous avez subi un accident de voiture ? Me demande le praticien catcheur dans son cabinet glacial. Je ne sais pas, non, j’ai traversé Noël, le lendemain, je sentais à peine mes jambes. Vous allez avoir les marques de mes ongles dans votre chair, je dois vraiment aller appuyer loin pour avoir une chance de dénouer le tout. Oui, à qui le dites-vous. Le coma n’est pas brisé, alors appuyez, je ne suis pas là. Une souffrance vive, lancinante, mais désincarnée. Multipliée par sept. Parce que je l’emmerde. Multipliée elle-même par sept. Je vais te mater, cela termine toujours ainsi. Donnez-moi votre tête, et poussez vers la fenêtre pendant que je fais le mouvement inverse. D’accord, faisons cela. C’est violent ? Bien. Tout a craqué. J’ai entendu. Cela devrait aller mieux, reposez-vous, ne portez rien. Bien. Pas sûre de savoir faire.

Meurtrissures, jambes et pieds gelés en retour, nausée, fatigue et grande absence. Mécanisme de défense. Multiplié par sept. J’entre dans l’ère de la Rénovation.

Je saisis la bouteille sur la table, et la repose immédiatement. Nausée, j’oubliais. Incompatible avec le grand cru. Saloperie de malédiction, cette nausée, moi qui soigne tout par l’alcool, le coma blanc et, avec un peu de chance, le sommeil. Réconciliation. Puis, en route.

Mais petite…

Tu le sais depuis le temps…

Tu retombes toujours.

*

This is the way the year ends.

This is the way the year ends.

Not with a bang but a whimper.

 

 

Pour poursuivre la route ensemble...
bruit du poète
Le bruit du poète

Je venais vérifier un fracassement, comme on souffle un vieux feu de loin, sachant qu’on ne risque plus rien d’une haleine figée par les stupéfiants. Je suis rentrée maintenant, à vol d'oiseau, plus si loin de toi. J’écoute le silence lyrique, celui qui s’écoule en boucles onctueuses sur les places > Lire plus

Il était une fois dans l’Ouest du Stade de France : Muse, juin 2010

“Ok, I’ll be part of this world. »  No Country for Old Men. Qui nimium multis « non amo » dicit, amat: Toi aussi qui expliques pourquoi ton amour a cessé, et qui énumères de nombreux motifs de plainte contre ta maîtresse, cesse de te plaindre : tu te vengeras mieux en gardant le > Lire plus

Le prêt-à-penser vidéo des meutes

La nouvelle pensée par montage vidéo frénético-pop interposé, style « Brut », sur les réseaux, est la nouvelle pluie de sauterelles sur les champs déjà bien laminés de nos récoltes mentales.

« Le secret, c’est de ne jamais accélérer » | Heptanes Fraxion, Ni chagrin d’amour ni combat de reptiles

Il y a quelques mois, bien entouré d'autres, j'ai lu ce poème Ni chagrin d'amour ni combat de reptiles. J'ai pensé me faire tatouer le titre sur le bras, comme une bravade mystérieuse vers des ennemis invisibles et des copains imaginaires. Mais son auteur, l'étrange et magnétique Toulousain de la > Lire plus

Jihad et Well Being, les deux faces de notre pièce

Il ne faut jamais désespérer d’une civilisation qui cherche à se soigner. Cela signifie que le diagnostic de maladie a été accepté.

L’hiver invincible de Chestov : une colonne vertébrale possible

Comme toujours lors d’une crise d’impatience spirituelle se manifestant par la formation d’orages de dégoûts et de compassions apparemment sans objet manifeste, je m’empare à l’instinct d’un essai, pensant me changer les idées.