Dans son bel ouvrage Les Masques, M. Georges Buraud a été le premier à dégager le sens profond du besoin qui, en tous temps et en tous lieux, a porté l’homme à dérober son visage derrière une figure modelée à l’apparence d’un animal, à l’image d’un ancêtre ou conçue comme représentative d’un dieu. Il montre comment cet homme, nanti du pouvoir d’observer les émotions que son apparition déchaîne chez autrui sans rien livrer des siennes propres, s’identifie bel et bien avec l’être pour lequel il cherche à se faire passer, comment il participe et fait participer tout son groupe aux forces occultes qui mènent le monde. Au cours des échanges passionnels qui en résultent, « toutes les puissances avec lesquelles l’individu entre en rapport sont les forces de son inconscient dont il a peuplé le monde et qui, sous forme de fluides, de présences, de craintes, d’énergies, reviennent vers lui pour le contraindre ou l’exalter. Lui-même et toute sa tribu avec lui (faisceau colossal de forces instinctives) s’enveloppent, comme d’une chrysalide gigantesque, à l’intérieur de laquelle ils restent enfermés, de ce réseau immense d’influences bienfaisantes ou terribles et qui est en réalité sorti d’eux. Ce qui subsiste d’inexpliqué, de fatal, dans le monde, vient se mêler à cette enveloppe vibrante d’instincts que le primitif traîne partout après lui et l’agrandit encore en lui communiquant une profondeur inconnue ».

[…] Ainsi la puissance de l’art qui anime ces masques et le secret de la résonance profonde qu’ils trouvent en nous pourraient-ils tenir à ce que, dans le raccourci lyrique d’une séance d’initiation — du poisson à l’oiseau, de l’oiseau à l’homme — ils embrassent un des plus grands vertiges humains en réalisant le transformisme non plus seulement en pensée mais en action.

André Breton, in Œuvres, Pléiade, tome III, page 1029-1033.

Crédits: Kate Clark

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