« Le concept kierkegaardien de « l’infinité des possibles », d’une réalité offerte dans son entier  à la déchirure du désastre et de l’absurde, est maintenant un lieu commun. Nous en sommes revenus à une politique de torture et d’otages. La violence, institutionnelle et individuelle, lèche les murailles de la cité, creuse, érode, comme le fait l’eau brunâtre de Venise. Notre seuil d’entendement s’est affaissé. Quand les premières rumeurs des camps de la mort parvinrent clandestinement de Pologne, on refusa de les prendre au sérieux : il ne se passait rien de tel, en Europe, au milieu du vingtième siècle. Aujourd’hui, il est difficile d’imaginer un acte de cruauté, un accès de répression ou de dévastation qui nous dépasse, qui ne trouve spontanément sa confirmation. Moralement et psychologiquement, il est effroyable de rester si impassible. Ce nouveau réalisme ne peut que se faire l’allié de ce que la réalité renferme de moins acceptable. »

« Nous privons de leur humanité ceux à qui nous refusons la parole. Nous les exposons, nus, grotesques. D’où le désespoir et l’amertume qui marquent le conflit actuel entre les générations. C’est délibérément qu’on s’attaque aux liens élémentaires d’identité et de cohésion sociale créés par une langue commune. »

George Steiner, Dans le château de Barbe-Bleue. Notes pour une redéfinition de la culture, Gallimard Folio, 1973, p81, 130.

Pour poursuivre la route ensemble...
Le mauvais présage |Stéphane Audoin-Rouzeau, La Part d’ombre, le risque oublié de la guerre

Ces entretiens, plus encore que scientifiquement indispensables (là n’est pas vraiment leur objectif) nous placent en position d’écoute profonde, qui est toujours la plus bénéfique des positions du lecteur.

Benoît Vitkine, Donbass

Qui peut bien avoir poignardé ce petit garçon de six ans, abandonné sur un terrain vague dans la zone grise du Donbass déjà en proie à la guerre entre séparatistes pro-Russes et Ukrainiens ? C’est ce que veut découvrir le colonel Kavadze, décalé et amer. Nous sommes alors en 2018. > Lire plus

Robert Walser, L’obscurité d’un bel avenir

Don't let me falter, don't let me hide Don't let someone else decide Just who or what I will become I Am Kloot, Avenue of Hope « Je vais peut-être bientôt avoir un emploi dans une petite ville de province, ce qui serait pour moi à présent la meilleure des choses. > Lire plus

Anne Montel, L’Abécédaire des métiers imaginaires

Ce qu'il y a d'admirable avec l'imagination d'une magicienne poètesse, c'est qu'elle nous enivre deux fois : par le touché délicat de son dessin facétieux, d'une part, par le vertige de ses expressions nimbées d'un vocabulaire soigné, aux allusions aussi fines que plaisantes, d'autre part.

Le noir positif et la belle vie difficile | Karen Blixen

« Les grands calaos sont des oiseaux très étranges. Les voir est une expérience en soi, pas entièrement plaisante du reste, car ils ont l’air si omniscients. Un matin, avant le lever du soleil, j’ai été réveillée par un caquetage aigu devant la maison et, en sortant sur la terrasse, j’ai > Lire plus

Patricia Sorel, Petite histoire de la librairie française

Un essai alerte, vraiment tonifiant, sur l'évolution du métier de libraire en France. Rien ne date d'aujourd'hui, ce qui ne constitue pas une excuse mais enfin... on se prend à rêver depuis le XVIIIe siècle une profession idéale qui n'a existé que par fulgurances accidentelles. Tout le monde râle sur > Lire plus

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