Pour ma mère.

J’ai toujours eu l’impression de vivre en haute mer, menacé, au cœur d’un bonheur royal.

Albert Camus, La mer au plus près.

« À midi sur les pentes à demi sableuses et couvertes d’héliotropes comme d’une écume qu’auraient laissée en se retirant les vagues furieuses des derniers jours, je regardais la mer qui, à cette heure, se soulevait à peine d’un mouvement épuisé et je rassasiais les deux soifs qu’on ne peut tromper longtemps sans que l’être se dessèche, je veux dire aimer et admirer. Car il y a seulement de la malchance à n’être aimé : il y a du malheur à ne point aimer. Nous tous, aujourd’hui, mourrons de ce malheur. C’est que le sang, les haines décharnent le cœur lui-même ; la longue revendication de la justice épuise l’amour qui pourtant lui a donné naissance. Dans la clameur où nous vivons, l’amour est impossible et la justice ne suffit pas. Mais pour empêcher que la justice se racornisse, beau fruit orange qui ne contient qu’une pulpe amère et sèche, je découvrais à Tipasa qu’il fallait garder intactes en soi une fraîcheur, une source de joie, aimer le jour qui échappe à l’injustice, et retourner au combat avec cette lumière conquise. Je retrouvais ici l’ancienne beauté, un ciel jeune, et je mesurais ma chance, comprenant enfin que dans les pires années de notre folie le souvenir de ce ciel ne m’avait jamais quitté. C’était lui qui pour finir m’avait empêché de désespérer. J’avais toujours su que les ruines de Tipasa étaient plus jeunes que nos chantiers ou nos décombres. Le monde y recommençait tous les jours dans une lumière toute neuve. Ô lumière ! c’est le cri de tous les personnages placés, dans le drame antique, devant leur destin. Ce recours dernier était aussi le nôtre et je le savais maintenant. Au milieu de l’hiver, j’apprenais enfin qu’il y avait en moi un été invincible. »

Albert Camus, Retour à Tipasa (1952), in Noces suivi de L’Été, Gallimard (coll. Folio), 1959, page 164.

Peintures d’Odilon Redon.

Odilon Redon 2

Pour poursuivre la route ensemble...
johnny hallyday road trip
Ne freine que devant Dieu – Road Trip, de Pierre Billon

Pierre Billon raconte trois road-trips en motos avec Johnny Hallyday, et nous fait rouler vers l'Ouest avec sa bande.

L’odeur suave du tueur

Ce clitocybe n'a d'agréable que son odeur, car les douleurs produites par sa consommation sont épouvantables.

Robert Walser, L’obscurité d’un bel avenir

Don't let me falter, don't let me hide Don't let someone else decide Just who or what I will become I Am Kloot, Avenue of Hope « Je vais peut-être bientôt avoir un emploi dans une petite ville de province, ce qui serait pour moi à présent la meilleure des choses. > Lire plus

True Detective, Fin de la foi

Louisiane. 1995. Les inspecteurs Marty Hart et Rust Cohle quittent leur première scène de crime sordide depuis qu'ils sont partenaires. « HART. Cette scène de crime, aujourd’hui, c’est le truc le plus tordu que j’ai jamais vu.  Je peux te demander un truc ? COHLE. Ouais HART. Tu es chrétien, pas vrai ? > Lire plus

Les êtres responsables – Ernesto Sabato, Censure, liberté et droit à la divergence

« Je n’appartiens pas à ce genre de démagogues et d’hypocrites qui se déclarent opposés à toute forme de censure par principe », annonce-t-il d’entrée de jeu. « Le problème n’est pas là, poursuit-il plus loin. Le problème survient quand c’est l’Etat qui fait cela dans la vie publique au moyen de procédés > Lire plus

Rezvani et la somme des confusions croisées

Si nous étions en mesure de percevoir réellement les flèches de l'ultra-sensibilité féminine qui sans relâche nous frappent de tous les côtés à la fois, je crois que nous ne survivrions pas à une telle somme de confusions croisées.