« – Ce jour où nous étions aurait dû être un jour splendide d’été. Mais les tourbillons de fumée de ce monde en feu continuaient à voiler le ciel d’un épais rideau, où le soleil sinistre n’était plus qu’un disque mort et rouge, sanguinolent. De ce soleil de sang nous avions pris, depuis plusieurs jours, l’accoutumance. Mais la fumée nous mordait les narines et les yeux, que nous avions entièrement pourpres et qui pleuraient.

Nous dirigeâmes notre marche vers le sud-est, à travers les milles sans fin des collines basses et verdoyantes de la banlieue de la ville, où se succédaient sans interruption de charmantes ou superbes résidences.

Nous n’avancions que péniblement, les femmes surtout et les enfants traînaient la patte. Alors, voyez-vous, mes chers petits enfants, nous avions tous, tant que nous étions, désappris plus ou moins à marcher. Nous avions trop de véhicules à notre disposition. Depuis la Peste, j’ai réappris à marcher. Mais alors j’étais comme les autres. »

Jack London, La Peste écarlate (1924),  trad. Paul Gruyer et Louis Postif, Actes Sud, coll. Babel, 1992, page 71.

Crédit : détail de la couverture de l’ebook des éditions du 38.

Pour poursuivre la route ensemble...
Occupée – Julien Gracq, La Maison

« J’avais soudain la sensation absurde et en même temps extrêmement précise que le bois était d’une manière ou d’une autre occupé. »

Les êtres responsables – Ernesto Sabato, Censure, liberté et droit à la divergence

« Je n’appartiens pas à ce genre de démagogues et d’hypocrites qui se déclarent opposés à toute forme de censure par principe », annonce-t-il d’entrée de jeu. « Le problème n’est pas là, poursuit-il plus loin. Le problème survient quand c’est l’Etat qui fait cela dans la vie publique au moyen de procédés > Lire plus

Junichirô Tanizaki, Éloge de l’ombre – La fallacieuse beauté de la pénombre

Tout bien pesé, c’est parce que nous autres, Orientaux, nous cherchons à nous accommoder des limites qui nous sont imposées que nous nous sommes de tout temps contentés de notre condition présente ; nous n’éprouvons par conséquent nulle répulsion à l’égard de ce qui est obscur, nous nous y résignons comme > Lire plus

Ce qui reste, avec Fernand Robert

" Ce qui est excellent, et que les études classiques seules produisent, c’est l’habitude, acquise dès les plus jeunes années, et pour la vie entière, de penser, non seulement que tout est dit, mais que tout a déjà été senti, éprouvé, que rien ne se passe dans notre âme qui > Lire plus

Origines du Grand Nord – Pythéas, de François Herbaux

« Aussi longtemps qu’il y aura des choses à chercher, il y aura des chercheurs. » disait le poète brittonique Aneurin, croisé dans La Figure du dehors de Kenneth White. Et c’est toujours un plaisir d’embarquer aux côtés d’un intempestif (hors de l’air du temps) qui cherche, qu’il soit scientifique, > Lire plus

Armel Guerne et les Romantiques

"C'est la gloire des Romantiques, juste devant la précipitation des temps modernes qu'aucune main humaine bientôt n'allait pouvoir retenir, d'avoir écouté ce sang-là en eux-mêmes, d'avoir voulu pour notre temps, à la façon universelle des poètes, joindre encore et réappartenir plus sensiblement que jamais à cette humanité profonde, toujours la > Lire plus

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