« J’ai vu une vieille femme se lever de son fauteuil bien confortable, au coin du feu, […] s’approcher de son homme, assis et plongé dans la lecture de son livre, se pencher vers lui et effleurer sa tête de ses lèvres.
Dans ce souffle léger, dans cette caresse délicate, de papillon de nuit, en observant avec curiosité cette scène d’éternelle récurrence, je sentis passer un courant de possessivité si doux, si calme, si dépourvu de remords, si implacable, si infini que mon esprit profane en trembla comme vous trembleriez si vous voyiez un animal en train de disparaître dans la peau distendue de la gueule suintant d’écume voluptueuse d’un python assoiffé de la posséder. Ce que son compagnon avait lui-même ressenti sous ce baiser à vous engloutir un homme je ne puis en être sûr, mais j’eus l’impression qu’il éprouva une réaction tellement intense qu’on eût presque cru à un spasme nerveux, à l’égard de cette forme particulière d’amour.
Rien ne tourmente ni n’agace davantage le bonheur libre, solitaire de l’âme que cet « amour cannibale », pythonique, exprimé onctueusement sans la moindre honte, indécemment et délibérément. Voilà de quoi vous faire croire que vous êtes la minuscule bouchée finale sur une assiette dans laquelle ondule une langue satisfaite. L’affaire est totalement différente lorsque cet amour possessif est exprimé farouchement, passionnément, tragiquement. Cela peut être dangereux et même terrifiant mais un être sensible ressentira là une crainte admirative, mêlée de respect et de pitié, mais n’éprouvera ni irritation, ni révolte véhémente, ni une de ces colères frisant la crise de nerfs. »

John Cowper Powys, L’art du bonheur [The Art of Happiness, 1935], traduit par Marie-Odile Masek, 1984.

Pour poursuivre la route ensemble...
Lucien, Comédies humaines – Contre la profanation par les incultes

« Cependant, si tu as décidé de rester, envers et contre tout, en proie à la même maladie, va, achète des livres, garde-les sous clef chez toi, et jouis de la gloire de les posséder. Cela doit te suffire. Mais ne les touche jamais, ne les lis pas, ne livre pas > Lire plus

Les mots ne sont pas de ce monde
Hugo von Hofmannsthal, Les mots ne sont pas de ce monde – Éteindre le brouhaha

Les mots de ne sont pas de ce monde, ils sont un monde pour soi, justement un monde complet et total comme le monde des sons. On peut dire tout ce qui existe, on peut mettre en musique tout ce qui existe. Mais jamais on ne peut dire totalement une > Lire plus

Emil Cioran, Précis de décomposition : de l’appétit de primer à l’Art de Pourrir

Car un esprit n’importe que dans la mesure où il se trompe sur ce qu’il veut, sur ce qu’il aime ou sur ce qu’il hait ; étant plusieurs, il ne peut se choisir.

Mado Marc Villemain
Refaire sa vie | Mado, de Marc Villemain

Marc Villemain donne ici son plus beau roman, à l'ardeur contagieuse et la menace permanente.

« Oublier les chiens de la peur » – John Cowper Powys, L’art d’oublier le déplaisir

« Pour les plus intelligents d’entre nous, c’est sans doute le devoir d’affronter la vérité déplaisante, et non pas celui de l’éviter, qui a engendré le plus grand nombre de désastre. » John Cowper Powys, écrivain-philosophe gallois, est mort il y a 60 ans, le 17 juin 1963. Soumis sa vie durant > Lire plus

Dantec et Attar, les oiseaux de guerre 2/2

Première partie À propos de La Conférence des oiseaux, de Farid-ud-Din’ Attar, traduit du persan par Manijeh Nouri-Ortega, adapté par Henri Gougaud, Points Seuil, coll. Sagesses, 2010. (CO) Et de American Black Box, de Maurice G.Dantec, Albin Michel, 2007. (ABB) « Au premier jour des temps Il fit des monts > Lire plus

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