« Mets-toi aussi souvent que possible en position de caresser. (…) Mais lorsque tu luttes, alors pique, larde, tire, déchire, pulvérise. Ne caresse que ta victoire.

–         Détruis-donc, mais ne le fais que si tu as la certitude de pouvoir ériger je ne sais quelle tour vertigineuse issue de ta folie, quel habitable et libre castel sur les ruines mêmes de la chose que tu auras détruite.

–         Si tu l’as perdu, retrouve le sens du blasphème. Renouvelle-le. Détourne-le de son emploi habituel : contre Dieu, l’Eglise. Tout cela est bien dépassé, on ne profane pas des fantômes. Blasphème plutôt les nouveaux dieux, les nouvelles Eglises, tout ce qui agenouille l’homme devant l’idole.(…) Enfin, blasphème tes automatismes mentaux, tout ce qui fait obstacle à la trépidation hérétique de l’esprit mû par un inexorable mouvement de remise en question, par je ne sais quel amour de la liberté accordé au dépistage des escroqueries intellectuelles. (…)

–         Apprends à ne plus craindre la solitude. Cultive-la des l’instant où tu pressens qu’elle est le prix dont tu paies l’originalité de ta pensée, sa beauté de diamant, sa souplesse de fauve, sa puissance de perturbation. Demande-toi si tu n’as pas trop d’amis, c’est-à-dire trop d’adversaires du splendide soliloque. (…)

–         La pente n’est pas, comme le voudraient les sages, la chose qu’il faut toujours remonter. Suis-la si tu crois qu’elle n’est pas la facilité, si, à son terme, tu devines une possibilité de vertige, ou d’ivresse, quelques lieux où tu participeras d’un grouillement de fond de gouffre exhalant vers le haut l’haleine du sexe, du vin et de la mort. Epouse jusqu’à tes pentes les plus immorales, les plus dangereuses, mais sache, dans l’ultime déclivité, les redresser, les « boucler » d’actes grandioses. (…)

–         Considère comme le plus ridicule des mots historiques celui de Talleyrand qui a dit «  Tout ce qui est excessif est insignifiant. » L’excès donne la mesure réelle de l’être. La modération ne nous en donne que des demi-mesures. Le signifiant d’une vie est écrit dans ses débordements. »

Marcel Moreau, Les Arts viscéraux, 1975.

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