« Mets-toi aussi souvent que possible en position de caresser. (…) Mais lorsque tu luttes, alors pique, larde, tire, déchire, pulvérise. Ne caresse que ta victoire.

–         Détruis-donc, mais ne le fais que si tu as la certitude de pouvoir ériger je ne sais quelle tour vertigineuse issue de ta folie, quel habitable et libre castel sur les ruines mêmes de la chose que tu auras détruite.

–         Si tu l’as perdu, retrouve le sens du blasphème. Renouvelle-le. Détourne-le de son emploi habituel : contre Dieu, l’Eglise. Tout cela est bien dépassé, on ne profane pas des fantômes. Blasphème plutôt les nouveaux dieux, les nouvelles Eglises, tout ce qui agenouille l’homme devant l’idole.(…) Enfin, blasphème tes automatismes mentaux, tout ce qui fait obstacle à la trépidation hérétique de l’esprit mû par un inexorable mouvement de remise en question, par je ne sais quel amour de la liberté accordé au dépistage des escroqueries intellectuelles. (…)

–         Apprends à ne plus craindre la solitude. Cultive-la des l’instant où tu pressens qu’elle est le prix dont tu paies l’originalité de ta pensée, sa beauté de diamant, sa souplesse de fauve, sa puissance de perturbation. Demande-toi si tu n’as pas trop d’amis, c’est-à-dire trop d’adversaires du splendide soliloque. (…)

–         La pente n’est pas, comme le voudraient les sages, la chose qu’il faut toujours remonter. Suis-la si tu crois qu’elle n’est pas la facilité, si, à son terme, tu devines une possibilité de vertige, ou d’ivresse, quelques lieux où tu participeras d’un grouillement de fond de gouffre exhalant vers le haut l’haleine du sexe, du vin et de la mort. Epouse jusqu’à tes pentes les plus immorales, les plus dangereuses, mais sache, dans l’ultime déclivité, les redresser, les « boucler » d’actes grandioses. (…)

–         Considère comme le plus ridicule des mots historiques celui de Talleyrand qui a dit «  Tout ce qui est excessif est insignifiant. » L’excès donne la mesure réelle de l’être. La modération ne nous en donne que des demi-mesures. Le signifiant d’une vie est écrit dans ses débordements. »

Marcel Moreau, Les Arts viscéraux, 1975.

Pour poursuivre la route ensemble...
Nous n’avons pas le choix – Nuccio Ordine, George Steiner, L’Hôte importun

J'aime beaucoup Nuccio Ordine, son éternelle ferveur, sa gentillesse, ses passions. J'ai lu avec plaisir son petit essai hommage à Steiner, où comme toujours, il excelle dans l'art de la citation parfaite choisie parmi les milliers de feuillets à sa disposition. Il tisse sa voix à celle des autres avec > Lire plus

marcel moreau le chant des paroxysmes
Marcel Moreau – « J’écris en recréant les conditions d’intensité du pillage »

C’est alors que le rire final s’engloutit dans le néant et que la dernière image éblouissante est une convulsion séminale tout empourprée de sang et recouverte à fond de train par des crépuscules de rage.

Et surtout, cette liberté orgueilleuse, absolue, indicible | Joseph Kessel

I’m a thinker not a talker. I’ve no one to talk to anyway. David Bowie, Conversation Piece. « Qu’ils étaient issus de cette race, j’en fus certain tout de suite malgré mon peu d’expérience. Un voyageur pouvait aisément confondre les Jalluo, les Embu, les Wakamba, les Kikouyou, les Mérou, les Kipsigui > Lire plus

Charles Bukowski | comment tout ça finira – Sur l’écriture

Ils croient que je m’en fous, ils croient que je ne ressens rien sous prétexte que mon visage est flétri et que les yeux me sortent de la tête tandis que je parcours le journal hippique une bouteille à la main. Ils ressentent les choses de façon si CHARMANTE, les > Lire plus

Je sais ce que j’ai lu – Andrés Neuman, Fracture

« Si une chose existe quelque part, elle existera partout. » Czeslaw Milosz Je m’imagine Andrés Neuman en 2017, né en Argentine il y a tout juste 40 ans, confié depuis peu à la torpeur madrilène, dévoré par la barbe, sous ses longs cheveux, courbé sur cent ans d’histoire mondiale et sa > Lire plus

Dans les antres de la sagesse : Peter Kingsley le paradisier

  À propos de: Peter Kingsley, Dans les antres de la sagesse, études parménidiennes, traduit par H.D. Saffrey, Paris, Les Belles Lettres, coll. Vérité des mythes, 2007, 207 pages.     Les cavales qui m’emportent, aussi loin que mon cœur le désire M’ont conduit, puisqu’elles m’ont mis et me mènent sur la > Lire plus

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