« C’est la gloire des Romantiques, juste devant la précipitation des temps modernes qu’aucune main humaine bientôt n’allait pouvoir retenir, d’avoir écouté ce sang-là en eux-mêmes, d’avoir voulu pour notre temps, à la façon universelle des poètes, joindre encore et réappartenir plus sensiblement que jamais à cette humanité profonde, toujours la même au fond des âges. D’avoir eu faim et soif de toute grandeur.

Où sont donc nos poètes, qui sont-ils, à travers lesquels on regardera plus tard la couleur de ce temps-ci ? Qu’avons-nous fait nous-mêmes de notre siècle écrasant et quel nom porte-t-il ? Qui sommes-nous misérables ! avec nos machines, nos guerres insensées et les mâchoires du Progrès refermées sur nous – qui sommes-nous au milieu des âges de l’Homme ? L’esprit d’enfance est-il à jamais mort entre nos mains ?

Ou reste-t-il encore parmi nous des hommes, affreusement solitaires, qui se soient faits en solitude capables pour nous tous, d’entendre encore et toujours, depuis ici, et maintenant, la haute voix des frères humains, la millénaire, l’unique voix humaine qui se tient derrière les paroles et qui retentit, mystérieusement, chaque fois que l’homme touche à lui-même ? Tantôt ouverte sur la nuit pesante et se répercutant au fond des abîmes, et tantôt déchirée de surnaturelles lueurs, cette authentique voix de l’homme, qui réapparaît brusquement aux heures capitales, transperce et disperse ses langages. »

Armel Guerne, Hic et nunc, in L’Âme insurgée, Phébus (1977), Points 2011, page 54.

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Goût de terre

… et j’ai regardé le ciel sans étoile, je n’en ai pas cherché non plus, j’avais les âmes trop occupées. Je réfléchissais à la grande et la petite méchanceté. J’essuyais la moiteur sur ma poitrine dans le lit éventré. J’écoutais la parole angoissée, je regardais les rides se figer. J’avais > Lire plus

Balthazar dans mon ventre

C’est la force de son ombre qui soutient sa stature. Et le rictus balafre un visage fatigué. Je n’avais jamais vu la puissante majesté d’un vrai désespéré. Et pourtant elle s’incarne dans cette grâce dépitée, forcenée de se taire. On me dit, je l’entends, prose guerrière, culte du héros. Je > Lire plus

Moiteur des cuves

La fenêtre a claqué brutalement sous l’effet d’une soudaine bourrasque, le temps changeait encore. Les montagnes baignaient à présent dans une soupe de brume et paraissaient moins hautes. Elle remonta sa bretelle et constata de la poussière sur sa robe. Ses jambes nues craquelaient légèrement du frottement des vêtements tout > Lire plus

Un Dieu avec lequel être seul 

Transformez-vous, je vous en conjure !  Origène.   « Même si le christianisme ouvrait ses portes aux femmes, aux esclaves et aux marginaux, il ne s’agissait pas d’un mouvement des déshérités, mais d’une avant-garde culturelle qui recueillait un soutien populaire. C’est justement ce qui le rendait si dangereux aux yeux des gardiens > Lire plus

Junichirô Tanizaki, Éloge de l’ombre – La fallacieuse beauté de la pénombre

Tout bien pesé, c’est parce que nous autres, Orientaux, nous cherchons à nous accommoder des limites qui nous sont imposées que nous nous sommes de tout temps contentés de notre condition présente ; nous n’éprouvons par conséquent nulle répulsion à l’égard de ce qui est obscur, nous nous y résignons comme > Lire plus

Au cirque Mange-tes-morts

A l'heure fixe, une voix grille les derniers fusibles pour nous indiquer de prendre nos places, par une guérite découpée dans un camion, trop haute pour qu'on y accède. Un promontoire dessoudé, qui servira à la démonstration ultérieure du dromadaire juvénile, nous est proposé pour nous hisser à la hauteur > Lire plus