« C’est la gloire des Romantiques, juste devant la précipitation des temps modernes qu’aucune main humaine bientôt n’allait pouvoir retenir, d’avoir écouté ce sang-là en eux-mêmes, d’avoir voulu pour notre temps, à la façon universelle des poètes, joindre encore et réappartenir plus sensiblement que jamais à cette humanité profonde, toujours la même au fond des âges. D’avoir eu faim et soif de toute grandeur.

Où sont donc nos poètes, qui sont-ils, à travers lesquels on regardera plus tard la couleur de ce temps-ci ? Qu’avons-nous fait nous-mêmes de notre siècle écrasant et quel nom porte-t-il ? Qui sommes-nous misérables ! avec nos machines, nos guerres insensées et les mâchoires du Progrès refermées sur nous – qui sommes-nous au milieu des âges de l’Homme ? L’esprit d’enfance est-il à jamais mort entre nos mains ?

Ou reste-t-il encore parmi nous des hommes, affreusement solitaires, qui se soient faits en solitude capables pour nous tous, d’entendre encore et toujours, depuis ici, et maintenant, la haute voix des frères humains, la millénaire, l’unique voix humaine qui se tient derrière les paroles et qui retentit, mystérieusement, chaque fois que l’homme touche à lui-même ? Tantôt ouverte sur la nuit pesante et se répercutant au fond des abîmes, et tantôt déchirée de surnaturelles lueurs, cette authentique voix de l’homme, qui réapparaît brusquement aux heures capitales, transperce et disperse ses langages. »

Armel Guerne, Hic et nunc, in L’Âme insurgée, Phébus (1977), Points 2011, page 54.

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Un jugement un peu formé – Mathieu Terence, Présence d’esprit

« Pas étonnant, si l’on s’en prend à ce cogitogramme plat, d’exprimer une pensée à la verticale d’un monde qui s’est couché. » * « Cette littérature d’ameublement, outre qu’elle dispose avec son personnel d’entretien et sa régie des émetteurs et des transmetteurs idoines, conforte un lectorat depuis longtemps décomplexé. > Lire plus

« Citer, c’est ruiner. » – Pascal Quignard, Les Heures heureuses

« Le mot rarus chez Spinoza est un mot opposé à la saturation. Rara laetitia : éparses les joies. Sed omnia praeclara tam difficilia quam rara sunt. Car tout ce qui est lumineux, tout ce qui est digne de lumière, est difficile autant qu’il est rare. »   Le 23 avril est une > Lire plus

Dantec et Attar, les oiseaux de guerre 2/2

Première partie À propos de La Conférence des oiseaux, de Farid-ud-Din’ Attar, traduit du persan par Manijeh Nouri-Ortega, adapté par Henri Gougaud, Points Seuil, coll. Sagesses, 2010. (CO) Et de American Black Box, de Maurice G.Dantec, Albin Michel, 2007. (ABB) « Au premier jour des temps Il fit des monts > Lire plus

Voyage avec les déjà-morts – Tandis que j’agonise, de William Faulkner

Souvent, leur langue bute comme la bêche dans un terrain aride, elle se rend, ne termine pas ce qu'elle commence « comme un petit garçon, dans le noir, pour se donner du courage, qui s’effraye tout à coup de son propre bruit. » 

Éric Hoffer, Le vrai croyant : pensées sur la nature des mouvements de masse

« Aux frustrés, un mouvement de masse offre, soit à leur personnalité tout entière, soit à certains de ses éléments, des vocations de rechange qui leur rendent la vie supportable et qu'ils ne peuvent pas tirer des ressources de leur propre fond. »

Patrick Tudoret, Super flumina Moraldinis… (Quelques pas sur les bords du fleuve Moreau…)

En 2012, Patrick Tudoret écrivit une "flânerie" puissante inspirée par Marcel Moreau, qui nous a quittés le 4 avril dernier. Il me permet de le reproduire ici en intégralité. Qu'il en soit à nouveau vivement remercié.

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