« C’est la première fois de ma vie que je prends part à une enquête comme la vôtre, et il a fallu tout votre savoir-faire professionnel et toute votre bonne grâce pour que je réponde à celle-ci. J’ai une prévention contre les enquêtes. On en a beaucoup abusé dans mon pays au cours des années qui précédèrent le désastre, et je crois que, chez nous comme ailleurs, cette mode nord-américaine a beaucoup contribué à donner au public l’illusion que les malheurs qui accablent le monde pourraient être réduits à un certain nombre de problèmes susceptibles d’être résolus par des spécialistes et des experts — ce qu’on est convenu d’appeler les « compétences ». Je ne suis plus assez jeune, malheureusement, pour me moquer des compétences comme nous l’avons tous fait à vingt ans, mais je crois toujours que la vie n’est pas un problème à résoudre, c’est un risque à courir — le risque des risques — et, en face de ce risque total, les seules compétences que je reconnaisse sont le génie et la sainteté. »

Extrait de Réponse à une enquête, janvier 1942

« Nous rencontrons ainsi tous les jours des gens que nous nous efforçons de guérir de leurs illusions, alors qu’ils les ont perdues depuis longtemps ; ils n’ont seulement pas le courage de s’en créer d’autres, et la simple vérité leur fait peur. C’est ce qui rend tant de conversations suspectes, et décevante la profession de convertisseur. On voit ainsi beaucoup de malheureux passer d’une opinion à une autre, et nous nous apercevons vite qu’ils n’ont fait que changer de fauteuil : la seule chose qu’ils ne savent pas faire, c’est de se tenir debout. »

Extrait de Réflexions sur le cas de conscience français, octobre 1943

Georges Bernanos, La Révolte de l’esprit, Ecrits de combats 1938-1945, présentation de Gilles Bernanos, Les Belles Lettres, 2017, 416 pages.

Pour poursuivre la route ensemble...
L’homme aux virgules de feu – José Carlos Becerra, Comment retarder l’apparition des fourmis

Puis José Carlos Becerra, ce Mexicain qui vivait « les doigts dans la flamme » pour reprendre le titre d’Octavio Paz, prit le virage de cette route d’Italie, en mai 1970, et abandonna ses trente-trois ans sur la chaussée comme une mue devenue trop petite, le manuscrit de Comment retarder > Lire plus

Damien Echols, La vie après la mort : courir sur place

Ajout du 17 janvier 2014: J'apprends ce jour que le fabuleux journal de prison de Damien Echols paraîtra en mars prochain aux Éditions Ring. Je suis profondément heureuse qu'il trouve une voix française, et ne souhaite qu'une chose: que sa volonté surpuissante, éprouvée par 18 ans d'emprisonnement à tort, soit > Lire plus

Désordre tranquille – Fernando Pessoa, Proses I & II

« Nous écrivons à dessein ces pages sur un ton, dans un style et sous une forme qui ne sont pas populaires, afin que l’opuscule choisisse de lui-même le public apte à le comprendre. Tout ce qui, en matière de questions sociales, est facile à comprendre est faux et stupide. Les > Lire plus

Don’t Leave Me Now – Samuel Lebon, Ne pleure pas sur moi

Ce court texte d'amour et de béances, fracassé et inattendu, suppure de références explicites pour les amateurs de dingueries du plat pays. Il s’avère bien moins gratuit que son postulat d’ouverture et ses poses cavalières ne le laissent supposer.

« Les femmes ont pendant des siècles servi aux hommes de miroirs » – Virginia Woolf, Une chambre à soi

L’apparition dans le miroir est de suprême importance parce que c’est elle qui recharge la vitalité, stimule le système nerveux. Supprimez-la et l’homme peut mourir, comme l’intoxiqué privé de cocaïne.

« Quelque chose est fini » – Pascal Quignard, Le sexe et l’effroi

Quand on aime le plus intensément, quelque chose est fini.

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