Mus par un sang noir hautement concentré, les hommes des bois sacrifient toute concession aux exigences de la vie normale (confort, hygiène, sociabilité) sur l’autel d’une existence entièrement adonnée à la forêt. Comme ce fut le cas pour leurs prédécesseurs illustres ou restés dans l’ombre, la force de cet enfièvrement particulier fait d’eux d’irréductibles êtres de la marge.
Identifiés selon leur position relative à la fièvre, les chasseurs inscrivent leurs gestes, aussi étranges puissent-ils paraître (boire le sang, s’arroser de sperme, consommer des testicules, habiter dans une cabane rudimentaire, etc.), dans un champs culturel significatif. Aucun jugement d’ordre moral ne viendra sanctionner tel genre de vie ou telle manière de faire. Le village se borne à observer, à lire les signes et à commenter l’évolution des enfièvrements.

Bertrand Hell, Sang noir. Chasse, forêt et mythe de l’homme sauvage en Europe, L’Oeil d’or, page 50.

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