« J’ai vu une vieille femme se lever de son fauteuil bien confortable, au coin du feu, […] s’approcher de son homme, assis et plongé dans la lecture de son livre, se pencher vers lui et effleurer sa tête de ses lèvres.
Dans ce souffle léger, dans cette caresse délicate, de papillon de nuit, en observant avec curiosité cette scène d’éternelle récurrence, je sentis passer un courant de possessivité si doux, si calme, si dépourvu de remords, si implacable, si infini que mon esprit profane en trembla comme vous trembleriez si vous voyiez un animal en train de disparaître dans la peau distendue de la gueule suintant d’écume voluptueuse d’un python assoiffé de la posséder. Ce que son compagnon avait lui-même ressenti sous ce baiser à vous engloutir un homme je ne puis en être sûr, mais j’eus l’impression qu’il éprouva une réaction tellement intense qu’on eût presque cru à un spasme nerveux, à l’égard de cette forme particulière d’amour.
Rien ne tourmente ni n’agace davantage le bonheur libre, solitaire de l’âme que cet « amour cannibale », pythonique, exprimé onctueusement sans la moindre honte, indécemment et délibérément. Voilà de quoi vous faire croire que vous êtes la minuscule bouchée finale sur une assiette dans laquelle ondule une langue satisfaite. L’affaire est totalement différente lorsque cet amour possessif est exprimé farouchement, passionnément, tragiquement. Cela peut être dangereux et même terrifiant mais un être sensible ressentira là une crainte admirative, mêlée de respect et de pitié, mais n’éprouvera ni irritation, ni révolte véhémente, ni une de ces colères frisant la crise de nerfs. »

John Cowper Powys, L’art du bonheur [The Art of Happiness, 1935], traduit par Marie-Odile Masek, 1984.

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