Où l’on apprend que même les plus convaincus, tel le moine Évagre le Pontique, pouvaient s’ennuyer mortellement en lisant les classiques.

« Il y a certains démons impurs qui se tiennent toujours assis aux côtés de ceux qui lisent, souvent même en prenant prétexte des divines Écritures elles-mêmes, pour aboutir à des pensées mauvaises. Il arrive aussi qu’ils les contraignent à bâiller plus que de coutume et provoquent un sommeil bien lourd très différent du sommeil habituel. Certains frères ont imaginé que c’était l’action d’une mystérieuse réaction naturelle. Pour ma part j’ai observé souvent ce phénomène et voici ce que j’ai compris : ils touchent les paupières et toute la tête et ils la refroidissent de leur propre corps, car les corps des démons sont très froids et pareils à de la glace. Ainsi sentons-nous notre tête comme aspirée par une ventouse, avec un grincement. […] Pourtant le sommeil naturel normalement réchauffe le corps et rend florissant le visage des gens bien portants, comme on peut l’apprendre de l’expérience elle-même. Eux, à l’inverse, provoquent des bâillements contraires à la nature et prolongés, et ils se font tout petits pour toucher l’intérieur de la bouche. Ce phénomène je ne l’avais jusqu’à ce jour pas compris, bien que l’ayant souvent éprouvé, mais j’ai entendu le saint Macaire m’en parler et donner comme preuve que ceux qui bâillent se signent la bouche selon une vieille et mystérieuse tradition. Tout cela, nous l’éprouvons parce que nous ne sommes pas assez vigilants et attentifs à la lecture et oublions que nous lisons les paroles saintes du Dieu vivant. »

Évagre le Pontique [fin du IVe siècle], Sur les pensées, Le Cerf, 1998, §33 , p 267. Traduction par Paul Géhin, Claire et Antoine Guillaumont.

Crédit illustrations : stone books sur Carole’s Country Store Blog

 

Pour poursuivre la route ensemble...
Ernst Jünger – « Nous étions trop les uns sur les autres»

Et l’homme est bon. Sinon, comment pourrait-on vivre à ce point les uns sur les autres ? Chacun le dit en parlant de lui-même. Personne n’a été l’agresseur. Tout le monde a été l’agressé.

Simone Weil, La Personne et le Sacré – Le cri est infaillible

« Il est inutile d’expliquer à une collectivité que dans chacune des unités qui la composent il y a quelque chose qu’elle ne doit pas violer. D’abord une collectivité n’est pas quelqu’un, sinon par fiction ; elle n’a pas d’existence, sinon abstraite ; lui parler est une opération fictive. Puis, si elle était > Lire plus

Pourquoi faut-il lire les Lettres du Nord ? Adieu à Boyer

Cela fit comme un cri d’oiseau étrange sur le lac désert. Savoir si l’oiseau était grand ou petit, cela ne s’entendit pas. Tarjei Vesaas, Les Oiseaux. Régis Boyer est mort le 16 juin dernier, à 84 ans, et j’ai tardé à m’en émouvoir, prise dans la course folle de ma > Lire plus

Sur Ecriture Charles Bukowski
Une clarté plus près de l’os | Sur l’écriture, de Charles Bukowski

Une lecture en roue libre de Charles Bukowski, Sur l'écriture, où l'on s'interrogera sur les limites et les outrances, et sur ce que peut un écrivain libre.

James Ellroy, Où je trouve mes idées tordues

"Wambaugh m'a changé pour toujours. Voici comment je le sais: Quand je l'ai lu, ma vie m'a fait honte." "Apprendre, c'est une vraie vacherie. J'ai appris à la dure. Je ne recommande l'expérience à personne. Des circonstances extravagantes m'ont frappé de plein fouet. J'ai cultivé le don et la malédiction > Lire plus

Est-ce ainsi que les hommes meurent ?

Mais ce monde ne mérite aucun second degré. Pour faire tituber un ennemi, depuis l'entrée des grottes aux rêves perdus jusqu'aux charniers des rapports modernes, la résistance pérenne n'a jamais trouvé mieux que le premier degré sans aucune concession.