Ajout du 17 janvier 2014:

J’apprends ce jour que le fabuleux journal de prison de Damien Echols paraîtra en mars prochain aux Éditions Ring. Je suis profondément heureuse qu’il trouve une voix française, et ne souhaite qu’une chose: que sa volonté surpuissante, éprouvée par 18 ans d’emprisonnement à tort, soit entendue. Damien Echols demande en effet dès les premières pages qu’on le sorte du « freak show », qu’on lui rende dignité et qu’on cesse de l’assimiler au satanisme et aux meurtres. Qu’on écoute comment 18 ans de cellule ne l’ont pas brisé, rajouterai-je. Il mérite sa place chez les « sérieux ». Comme une amie qui vient de publier son premier polar me racontait récemment son périple US: « Les Américains, ils sont comme ils sont, mais bon sang, ils sont sérieux. » J’ai adoré tout ce que recouvre ce terme, dans sa bouche, la mienne, la leur. God Bless Damien Echols. Long Live his Life After Death.

***

Précédemment publié le 4 décembre 2013.

Un signe, nous voilà, et nuls de sens,
Nuls de souffrance nous voilà, et presque nous avons
Perdu notre langage en pays étranger.
Quand il est au-dessus des hommes un conflit
Au ciel, et plus puissants
Les astres s’acheminent, aveugle donc est la fidélité, mais que
Se penche sur la terre un plus parfait, tout ce qui vit
Cherche sa voie…, et se découvre une patrie
L’esprit. Quelqu’un a chaque jour pouvoir
De le changer, cela. À peine a-t-il 
Besoin de loi, comme il se doit expressément
Chez les humains. Là devraient être
Beaucoup d’hommes. Ils ne peuvent pas tout
Eux-mêmes les célestes. Car les mortels ont bien avant
Gagné l’abîme. Avec ceux-ci, donc
Cela change. Long est le temps,
Mais il survient,
Le Vrai.

Hölderlin, Mnémosyne, extrait. Traduction Armel Guerne.

« Je ne sais plus pourquoi j’ai commencé à courir. Je ne me rappelle même pas avoir commencé. J’étais soudain en train de le faire. Être enfermé dans une cellule impliquait devoir courir sur place, ce que je fis donc. Je courrai si fort que je perdis toute notion du temps. En fin de compte, je me suis évanoui. Le monde est devenu noir et les sons semblaient provenir de l’autre bout d’un très long couloir. J’ai couru de nouveau le jour d’après, seulement cette fois j’avais enfilé deux paires de chaussettes, à cause des ampoules sur mes pieds. J’ai couru jusqu’à m’effondrer et ramper vers les toilettes, pour vomir, le coeur soulevé pendant que j’essuyais ma sueur. Ce qui aurait du être horrible était étrangement magnifique. Cela a été l’une des plus merveilleuses expériences de ma vie. Je me suis senti plus proche du divin que dans n’importe quelle église. J’ai couru pendant plus de deux heures sans m’arrêter, à peine pour boire, j’avais découvert un nouveau monde.
Le troisième jour, mes pieds ont commencé à saigner, laissant des traces de sang partout par terre, que je ne remarquai que bien plus tard. Je ne comprends pas comment la magie peut surgir des mouvements répétitifs du corps, mais je l’ai trouvée.
Il y a des  jours où mon esprit hurle à mon corps d’arrêter, qu’il n’en pourra pas une seconde de plus. Je l’ignore et me pousse au-delà. Ce n’est qu’en repoussant toujours chaque frontière que m’imposent mon corps et mon esprit que je peux nager dans le noir, dans les eaux profondes dont j’ai besoin. C’est de là que vient tout ce qui en vaut la peine. C’est la douleur de détruire mes limites qui me fait scruter l’eau pour y trouver des bouteilles à messages. Elle descendent le courant contenant chacune un fantôme. Je ne sais qui ou quoi lance ces bouteilles, du moins pas encore. Ceux qui ont moins de curiosité ou d’ambition marmonnent simplement que le Seigneur agit de façon mystérieuse. J’entends le prendre sur le fait. »

Damien Echols, Life After Death, Blue Rider Press (Plume, 2013), page 102-103, traduction par mes soins.

Damien Echols a passé 18 ans dans le couloir de la mort pour des crimes qu’il n’a pas commis. Il est sorti à 38 ans en 2011. Ce livre est son journal autobiographique.

Pour poursuivre la route ensemble...
Soi, sans crainte

Ce à quoi nous ne serons plus soumis, le temps d’un livre.

L’homme aux virgules de feu – José Carlos Becerra, Comment retarder l’apparition des fourmis

Puis José Carlos Becerra, ce Mexicain qui vivait « les doigts dans la flamme » pour reprendre le titre d’Octavio Paz, prit le virage de cette route d’Italie, en mai 1970, et abandonna ses trente-trois ans sur la chaussée comme une mue devenue trop petite, le manuscrit de Comment retarder > Lire plus

Se rendre sans se soumettre – D.H. Lawrence, Le Renard

Comme toujours sensuelle, magnétique et si finement perspicace, la prose de D.H. Lawrence étreint et caresse, pousse dans tous les retranchements avant de toucher précisément ce point où tout être même le plus récalcitrant s’ouvre et se rend dans un évanouissement charnel.

« La lecture d’Orwell vous enseigne à assumer vos propres responsabilités » – George Orwell, Ecrits de combats

Comme l’a observé Christopher Hitchens ( Why Orwell Matters, 2002) : « la lecture d’Orwell ne vous incite pas à blâmer autrui ; elle vous enseigne à assumer vos propres responsabilités, et c’est précisément pourquoi il sera toujours respecté et aussi détesté. Je ne crois pas qu’il aurait voulu qu’il en soit autrement. »

« La condition de l’amour, c’est le silence » – Charles de Foucauld, Déserts

Pour A.K. « Il faut lire les extraits de ce Dictionnaire touareg-français [de Charles de Foucauld] comme l’un des hymnes les plus lumineux à la beauté de la création, dans la transparence d’un regard qui n’est plus orienté par le désir mais par l’accueil. (…) L’auteur n’est pas déterminé seulement par > Lire plus

Putain de mort ! de Michael Herr : Paint it war

Don’t give a damn while I laugh at myself don’t give a damn to the words of a whore It’s seven years I hate you  Pink Turns Blue, Seven Years. « Les femmes aiment la guerre car elles n’y meurent jamais. » Un homme.   Il y manque les odeurs, la mort > Lire plus

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