« Et peu de livres, mais lus avec passion, seule manière de vivre une œuvre qui, sans elle, n’est qu’un cimetière de mots. Car le pseudo-encyclopédisme est toujours lié à l’enseignement livresque, qui est l’une des formes de la mort. Croit-on vraiment que la culture n’existait pas avant Gutenberg ? La culture ne se transmet pas seulement par les livres : elle se transmet en réalité à travers toute activité humaine, en discutant, en voyageant, en écoutant de la musique et même en mangeant. Dans l’Hyperion de Longfellow, on lit qu’ « une simple conversation en mangeant avec un sage vaut mieux que dix ans d’étude livresque». Il dit wise, c’est-à-dire sage, dans le sens où peut parfois l’être un paysan illettré, et non savant, qui se dit de quelqu’un qui n’est capable de parler que de silicates ou de la résistance des matériaux. La sagesse est une chose tout à fait différente, elle sert à mieux vivre avec ce qui nous entoure, à entendre raison, à tenir bon dans le malheur et à rester mesuré dans le triomphe, à savoir quoi faire dans un monde que les savants ont conquis, à savoir vieillir et accepter la mort avec dignité. Si les isothermes et les logarithmes sont indubitablement utiles dans le domaine des sciences, ils ne servent en revanche à rien de tout cela ; la véritable éducation ne doit pas se faire dans le but d’atteindre l’efficacité technique mais pour former des hommes complets. […]
Je parle de cette éducation que tout être humain devrait avoir au stade initial de son développement, c’est-à-dire quand son esprit est encore fragile, à ce moment où va se décider pour toujours ce qu’il est : mesquin ou généreux, lâche ou courageux, irresponsable ou responsable, loup pour l’homme ou au contraire capable d’agir dans l’intérêt général. »

Ernesto Sabato, Éducation et crise de l’homme [1979], traduit de l’espagnol (Argentine) par Thomas Bourdier, Editions R&N, 2023, 56 pages.

Pour poursuivre la route ensemble...
Mes mots ont-ils touché le cœur du monde ? | Stig Dagerman

« Je peux remplir toutes mes pages blanches avec les plus belles combinaisons de mots que puisse imaginer mon cerveau. Etant donné que je cherche à m’assurer que ma vie n’est pas absurde et que je ne suis pas seul sur la terre, je rassemble tous ces mots en un livre > Lire plus

L’écrivain ensablé – Silvina Ocampo et Adolfo Bioy Casares, Ceux qui aiment, haïssent

« Notre destin commun, écrivains qui obéissons à l’appel de la vocation et non à l’appât du lucre, est une perpétuelle recherche de prétextes afin d’éloigner le moment de prendre la plume. Aussi, c’est avec empressement que la réalité se charge de nous les fournir et c’est avec une sympathie subtile > Lire plus

Peter Kingsley, le carrefour de l’Enfer, la disparition & la liberté dans le cadre

Aujourd'hui, nombreux sont ceux qui s'intéressent à la disparition des espèces que le monde occidental est en train d'exterminer, mais nul ne remarque la plus extraordinaire de ces disparitions, celle du savoir de ce que nous sommes.

Des bisons pour le coeur brisé

God may forgive me, but that's not enough 'Cause I gotta live with myself, 'till I'm dust Just walk on by, if we pass on the street Sometimes in battle, it's best to retreat Dan Auerbach, Heartbroken In Disrepair « Ce que je veux dire, c’est ceci : voyagez, étudiez ou prenez un > Lire plus

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On voit ainsi beaucoup de malheureux passer d’une opinion à une autre, et nous nous apercevons vite qu’ils n’ont fait que changer de fauteuil : la seule chose qu’ils ne savent pas faire, c’est de se tenir debout.

Le sentiment océanique – Michel Hulin, La mystique sauvage

C’est peut-être cela que le futur Ramakrishna a éprouvé d’une manière aussi intense que confuse : le dévoilement magique, sous la banalité des apparences familières, d’un monde plus net, plus dense, aux couleurs plus saturées, plus éclatantes – bref, d’un monde plus réel.

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