J’ai repéré en ligne le Faucon Solognot depuis longtemps, comme école de fauconnerie comme il n’en reste plus beaucoup en France. Les rêves, même simples, ne sont pas si faciles à concrétiser : d’abord en région parisienne, je n’avais pas de véhicule ni trop de moyens, comme tous les jeunes actifs parisiens vivant de (pour) leur passion, et surtout préoccupés à survivre financièrement dans ce gouffre délirant. Puis déménagée à Orléans, je ne trouvais que peu de temps et de dispositions personnelles, alors en quête d’un nouveau modèle de travail. Enfin déménagée à la campagne, occupée à monter mon entreprise, et enceinte de mon premier enfant, il n’était pas encore question de m’absenter pour une initiation à la fauconnerie. Il faut aussi rester concentré, le temps requis, sur une métamorphose à la fois si l’on ne veut pas simplement exploser en mille plumes…

Mais aujourd’hui, les planètes sont alignées. Mon fils a un an, quelques clients sont signés, et les questions principales réglées. Je me suis donc inscrite, en vue d’ailleurs de continuer ensuite vers un stage de perfectionnement. Depuis la lecture, romantique j’en conviens, de Rites d’automne de Dan O’Brien, mais avant cela, lors d’un séjour en Écosse, ayant pu approcher un grand Duc jusqu’à le porter sur mon bras (magnifique rencontre !), je désire en apprendre plus sur ces oiseaux magnifiques, ma préférence allant toutefois aux faucons. (Photo de moi prise sous le barnum d’une place publique par un fauconnier d’Édimbourg dont je n’ai plus souvenir du nom, honte à moi ! Écosse, 2009)

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Je travaille pour les éditions Les Belles Lettres dont l’emblème est une chouette, celle d’Athéna. Traitant de nombreux visuels quotidiennement pour la gestion du web social (blog, réseaux sociaux, parfois home du site), je « manipule » ce rapace si fréquemment que je ne m’en rends plus compte. La majesté de ce logo, tout à fait conforme à la majesté des textes dont il orne la couverture, est pourtant incontestable. Cet oiseau est merveilleux. Plus que la promesse de la sagesse, il promet une appréhension sereine de la nuit, qui lui est douce, dans laquelle il voit, et se nourrit.

Mon affection pour le faucon, elle, remonte il me semble à un documentaire sur la Jordanie, une nuit d’insomnie, qui présentait l’histoire de ses chasseurs au caracal et au faucon. Comme j’aime à le penser, tout étant lié, j’étais alors surtout éprise de félins, grâce à la découverte du Parc des Félins, en région parisienne, et de son équipe formidable pour laquelle j’ai longtemps rêvé de travailler sans aligner, encore, correctement les planètes pour ce faire. Le caracal, avec ses oreilles formidables, longues et noires, son pelage roux et ses yeux mordorés m’attirait alors, et l’alliance de ce félin domestiqué et de son acolyte aérien, moucheté, incisif, comme compagnons du chasseur dans le désert, m’a frappée au coeur comme évident symbole de liberté.

Je travaillais à l’élaboration d’un ouvrage d’histoire ancienne, sur l’empereur Julien (Antiquité tardive) et au gré de mes recherches sur l’empire Perse, qu’il combattit lors d’une campagne qui lui coûta la vie, cet appel des oiseaux de proie se fit plus pressant.

Je me jetais sur l’ouvrage de Dan O’Brien Rites d’automne, qui conte le périple à travers les États-Unis d’un homme, le narrateur, ayant recueilli Dolly, une jeune fauconne, dans son domaine du Dakota du Nord, et ayant décidé de lui rendre sa liberté près du Golfe du Mexique. Son attachement, son admiration devant l’agilité prodigieuse et l’intelligence de sa fiancée à plume. Par un autre coup du destin, qui m’emmène toujours à bon port – et je l’en remercie !, en me promenant près du château de Vincennes, alors que je n’habitais pas loin, j’ai repéré un faucon crécerelle que je décidais de nommer Darius. Il logeait dans une meurtrière, et bien vite, je ne fus pas la seule à venir le visiter, à en juger par les téléobjectifs des photographes animaliers passionnés qui faisaient le pied de grue devant la pierre pour en attraper quelques clichés. Darius, au cours des quelques mois où je l’ai observé, a même fini par fonder une famille. Puis je suis partie, moi, fonder la mienne.

Alors que certains animaux, véritables totems pour moi, m’ont accompagné, et guidé à chaque étape de ma vie, il m’apparaît nécessaire – que dis-je, vital, d’abolir la frontière symbolique et contemplatrice, la théorie, pour la pratique. Depuis adolescente, quatre grands groupes animaliers me tiennent, et composent d’ailleurs une partie de mes sangs : les requins, les félins, les oiseaux… et les bisons. J’en suis une prestataire étrange, qui n’appartient à aucun, mais se tient disponible, autant que possible, pour tous.

Mon métier, tel que pratiqué en profession indépendante, est l’incarnation la plus juste, à ce jour, de toutes mes observations essentielles. Animales, mais surtout humaines, par les sciences, la pratique, l’art, les rencontres.

Si je suis si heureuse de m’approcher de ces bêtes autant que je le peux, c’est que je m’y rencontre. J’en reviens plus assurée, plus pertinente, plus efficace alors qu’il s’agit de reprendre le fil d’une vie que l’on passe majoritairement à se battre pour y trouver et conserver une place, un sens, et les moyens de subsister au dessèchement des rapports entre espèces.

« Chacun de nos gestes compte. » conclue Slobodan Despot dans Le Miel (Gallimard). Je lui emprunte ce credo chaque matin.

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